Affiche Docteur Knock
Est-ce que ça vous chatouille,
ou est-ce que ça vous gratouille ?

Réplique du mémorable acteur Louis Jouvet qui interprète le non moins fameux Docteur Knock, ou le Triomphe de la Médecine en 1951.

Dans la célèbre pièce de Jules Romains, on y apprend avec stupéfaction que « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ». Ainsi le tableau est dressé, à force d’arguments fourbes autant qu’habiles, le Docteur Knock parvient à convaincre chacun de ses patients qu’il présente un ou plusieurs symptômes annonçant l’arrivée imminente d’une terrible maladie. L’ancien village peuplé par une population en bonne santé, se transforme en un petit laboratoire lucratif. 

A n’en pas douter, ce fin stratège a su activer l’un des plus puissants moteurs qui fait craindre le pire et qui se nomme : La peur !
Enfouie en chacun de nous, cette angoisse de tomber malade enferme certains dans des comportements irrationnels et pousse d’autres à ressentir des symptômes imaginaires. Dans sa version la plus extrême, cette peur de mourir empêche de vivre.
Abhinivesha exprime cette profonde vulnérabilité qui provoque trois types de réactions : le refoulement, l’évitement ou la lutte.
Cette peur s’infiltre comme un venin dans tout le corps et paralyse le jugement. La menace peut se révéler tellement insupportable qu’elle parvient à dénaturer l’âme fragile et remettre en question les principes fondamentaux du bon sens.
Ainsi la confiance en soi-même est altérée, celle envers les autres, piétinée. Un processus défensif se met en place. Il va justifier alors les attitudes les plus folles au nom de la protection.
Abhinivesha traduit l’attachement inconscient et excessif envers tout ce qui est matériel. Mais plus encore, c’est l’impossible renonciation. Et pourtant le simple fait de « laisser faire » « accepter » « laisser couler » « lâcher » dématérialise les effets de cette peur viscérale.
Ce que le Yoga nous enseigne

Dans les Yoga Sutras de Patanjali, il est écrit :

« Avidyâsmitârâgadvesâbhiniveshâh kleshâ »

Ainsi sont nommées les cinq causes de la souffrance du champ émotionnel ou Kleshâ qui sont :

Avidyâ : l’aveuglement
Asmitâ
: le sentiment de l’égo et l’égoïsme
Raga
: le désir de prendre et de garder
Dvesâ
: le dégout, le rejet
Abiniveshâ : l’attachement et la peur de la mort

Mais il faut compléter avec ce sutra qui précise :

« Svarasavâhî vidushoapi tathârûdhoabhinivésha »

Voici l’interprétation qu’en fait Françoise Mazet dans le Yoga-Sutras de Pantanjali, édition Spiritualité Vivante – 1991, qui s’inscrit dans la lignée de Krishnamacharya :

« Le savoir n’est pas la connaissance. Le rationnel n’empêche pas la pulsion. Savoir que l’on mourra un jour parce que l’on est mortel et l’accepter dans sa tête n’empêche pas la pulsion de vie de se manifester, quelquefois avec la violence de l’instinct animal. Un navire qui sombre, un immeuble qui prend feu, et chacun est capable, pour sauver sa vie, de piétiner l’autre.

Cet instinct de conservation se manifeste de mille façons, à travers des réactions parfois enfantines : la peur de manquer qui conduit à ne pas vouloir partager, le fait de se précipiter dans une salle de spectacle, voire de Yoga, pour être sûr d’être bien placé, autant de moments où la certitude sous-jacente de mourir un jour entraîne l’égo à s’approprier pour se rassurer.

Le sentiment d’insécurité entraîne ces réactions : sortir de son cadre de vie, en avivant cette anxiété fondamentale, réactive des attitudes que l’éducation et les protections de l’habitude ont réussi à masquer, mais la racine est là, et la plante repousse dès que le terrain s’y prête. »
Comment lâcher ses peurs ?

La peur est une émotion si puissante qu’il est impossible de la contrôler. Seule la relaxation apporte une solution durable qui dissout le sentiment de négativité. Cette peur provoque des attitudes restrictives qui inhibent les facultés d’analyse, alors que la relaxation profonde apporte la libération intérieure, source de créativité. Lors de la séance, les angoisses ne sont pas « attaquées » en frontal. Aucune phase d’intellectualisation n’est proposée, seule l’expérience compte et uniquement cela. Le corps et les sensations constituent notre « outil » et nous appliquons des techniques précises, éprouvées depuis des millénaires. Les injonctions du type « calme toi ! » ou « même pas peur ! » ne fonctionnent pas, pire, elles sont contre-productives et n’aboutissent qu’à créer de nouveaux blocages ou même verrouiller encore plus profondément les tensions qui s’enkystent. Après quarante jours de pratique quotidienne, la vision du monde se transforme.

Pour essayer…
Vous pouvez découvrir le Yoga Nidra sur notre chaîne YouTube : La Voie du Yoga avec Olga
Pour aller plus loin…
La pratique journalière du Hatha Yoga et du Pranayama constitue un hymne à la vie. Cette pratique accroit le courage et l’endurance, l’audace (Vairâgya) et la confiance (Shaddhâ). Il ne faut pas chercher à déraciner le mal mais à développer l’amour ; Cet amour inconditionnel pour la vie en acceptant toutes ses facettes. La vision puérile de s’accrocher au bonheur jouissif précipite l’esprit faible dans l’erreur (Avidya) qui s’exprime dans les certitudes de l’égo (Asmita). Afin de se sentir vivant, l’ignorant se crispe sur ce qu’il connait (Raga) et rejette le mouvement de l’inconnu (Dvéshah) il s’accroche désespérément dans une lutte inutile (Abhiniveshâ). La force de vie s’exprime dans le divin quotidien que le Nature nous tend ; C’est à nous de l’embrasser et d’accueillir avec sourire ce qui ne peut être éviter.
colombe
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