Mains en prière près d'un bouddha
Au cœur de la pratique du Yoga, les célèbres Yama et Niyama occupent une place prépondérante. Tous les professeurs de yoga les ont appris, intégrés dans leur quotidien et mis en application dans leur enseignement. Ils sont incontournables. A tel point qu’ils sont proposés aux élèves comme un élément de base nécessaire afin d’entrer dans la compréhension d’une démarche éclairée. Ainsi ils sont énumérés et expliqués en tant que Commandements du bon citoyen-yogi dès qu’il faut répondre à l’inévitable question : Qu’est-ce que Yoga ?
C’est à la lumière des célèbres Sutra de Patanjali que l’enseignant puise la réponse ; intervient alors une liste : les fameux Yama et Niyama aux allures des Tables de la Loi.
Tableau Yama Niyama

De toute évidence il y a entre les deux des similitudes manifestes ; Elles découlent de leur bienveillance respective.

Mais il est un point nécessaire de relever et qui malheureusement est très souvent négligé. Ce « détail » se situe au niveau de la place qu’occupe le sutra II-29 mentionnant la fameuse liste, au sein de l’œuvre complète les Yoga Sutra. Si nous comptons les cinquante et un sutra du premier chapitre avec les vingt-huit sutra du chapitre deux, nous trouvons soixante-dix-neuf sutras précédant l’énumération des Yama et Niyama. Pourtant dans la majorité des cours de yoga contemporain, les professeurs bien intentionnés énumèrent les Yama et Niyama comme le viatique permettant d’atteindre la béatitude à bon prix.
Posons-nous donc la question, à savoir pour quelles raisons Patanjali n’en fait pas autant ? Pourquoi prend-il la peine d’expliquer 79 sutra avant d’énumérer ce qu’il conviendrait d’observer scrupuleusement, de suivre religieusement afin d’atteindre le Nirvana ?

L’exemple le plus célèbre est le fameux Ahimsa traduit par la non-violence, qui a donné lieu à quantité de dérives touchant même la mode avec la profusion de vêtements à fleufleurs !

coccinelle colorée

Nous pouvons sourire, mais combien de personnes sont encore piégées dans ce concept mal compris d’une non-violence factice entrainant des effets inverses ?

Patanjali dans son infinie sagesse a pris le temps d’expliquer le but du Yoga et de donner les moyens pour l’atteindre. Prenons juste le sutra précédent, le II-28 qui répond à la question essentielle à savoir : l’effet du Yoga. Patanjali, en quelque mots bien choisis, affirme :
« Comme les impuretés sont éliminées à travers l’observance des membres de Yoga, un éveil progressif des connaissances se produit jusqu’à l’illumination ». Le sutra suivant, le II-29, nous présentera donc les moyens à mettre en application pour atteindre notre objectif. Il faut être clair et déterminé. Ne nous trompons pas, si le yoga ne « sert » pas à soulager la sciatique ni à « vaincre » le stress, il ne sert pas non plus à devenir un baba cool.

Les Yama et Niyama sont avant toute autre chose des moyens de connaissance ; ils ne sont en aucun cas des règles à appliquer sans se poser de questions. Ils doivent susciter une écoute attentive, débarrassée de tous préjugés afin de ressentir de l’intérieur – par la contemplation silencieuse – la raison pour laquelle nous sommes éloignés de ces principes de base que devrait suivre l’humanité entière. Pourquoi ce questionnement est-il si important ?
D’une part afin de faire totalement sien les principes énoncés par Patanjali, en toute conscience, en pleine acceptation et non par soumission, obéissance servile émanant d’une auto-restriction, voire d’un refoulement ; ce qui est contraire à la Voie du Yoga. D’autre part afin de ressentir au plus profond de soi, par la technique de l’introspection, comment nous nous situons face à ces principes énumérés.

bouddha bronze

Ne croyez pas en quelque chose simplement parce que vous l’avez entendu. Ne croyez pas en quelque chose tout simplement parce des gens le disent et que c’est répété par de nombreuses personnes. Ne croyez pas en quelque chose simplement parce c’est écrit dans vos livres religieux. Ne croyez pas en quelque chose sur la seule autorité de vos professeurs et des anciens. Ne croyez pas aux traditions parce qu’elles ont été prononcées pour de nombreuses générations. Mais après observation et analyse, lorsque vous trouverez que tout est en accord avec la raison et est propice au bien et au profit de tous et chacun.

Enseignement du Bouddha

Prenons un exemple. Dans le contexte du principe Ahimsa traduit par la Non-Violence. Si quelqu’un vous invective. Êtes-vous immédiatement prêts à nous battre ? Les injures proférées ont-elles engendré un flot de colère se traduisant par un affrontement physique ? A l’inverse, avez-nous fondu en larmes ? Si la personne qui nous a agressé verbalement s’autorise ensuite à vous bousculer violement, êtes-vous restés tétanisés ou bien au contraire, l’avez-vous laissé en réaction, ensanglantée sur le pavé ? Autrement dit avez-vous eu la bonne réponse au bon moment ? avez-vous maitrisé nos émotions ?

Faisons un bon dans l’espace et le temps, afin de reconsidérer une célèbre parole qui fait couler encore beaucoup d’encre. Celle de Jésus Christ rapportée par Luc : « Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un prend ton manteau, ne l’empêche pas de prendre encore ta tunique ». Sans aucun doute, cette idée dérange. L’image de l’imbécile dépouillé de son bien et qui, de surcroit, distribue le peu qui lui reste a de quoi interpeller. Est-il idiot ou lâche ? En fait, il s’accorde le temps de la maitrise, même en une fraction de seconde – le temps n’est qu’un artéfact. Mais cette attitude va encore plus loin, en rachetant la « mauvaise action » par la transformation du vol en don. Du fait de cet acte, le « quelqu’un » totalement déstabilisé, peut saisir l’opportunité d’une remise en question.

Le contrôle fait référence au registre du double tenu par l’administration et servant à vérifier l’authenticité des actes. Dans le langage politique et administratif le contrôle et l’action sont opposés. Par extension, ce terme invite à la surveillance étroite et à la censure. On peut aisément comprendre que le contrôle que nous nous imposons nous oblige à contourner notre nature immédiate en nous imposant un « contre rôle » à jouer à l’image des acteurs du théâtre grec qui portaient un masque.

Masque

La maitrise est d’un autre ordre. Elle découle du mot « maitre » c’est-à-dire, « celui qui commande les esclaves ». La comparaison se fait naturellement si on modifie le mot « esclave » par « émotion ». Mais il faut ajouter une autre notion, celle touchant à l’enseignement, à l’instruction. Nous comprenons que dans le sujet qui nous occupe, il convient d’écouter l’enseignement, de comprendre et d’intégrer par soi-même afin de « maitriser les émotions » qui perturbent et qui nous condamnent à rester l’esclave » de nous-même.

Maitre Murihei Ueshiba

Examinons cette liste disposée sous la forme d’un arbre. Celui-ci est célèbre. Il a été imaginé par le Maitre Yogi B.K.S Iyengar.
Aujourd’hui nous trouvons bien autres illustrations qui reprennent ce support, et qui rivalisant d’élégance. Nous allons opter pour l’original :

En observant ce dessin, vous remarquerez que tout est écrit en sanscrit afin de poser les éléments dans leur appellation première. En effet, chaque terme demande une explication profonde. Soyons vigilants envers les traductions simplistes qui enferme tout un concept à l’intérieur d’un seul mot. D’autre part, voyez que les fameux Yamas Niyama font partis d’un tout au même titre que Ãsana Prānāyāma Pratyāhāra Dhāranā Dhyāna Samādhi. Cet ensemble, sous forme d’un arbre, constitue les Huit Membres du Yoga : On parle d’Ashtanga Yoga¹. Et pour terminer cet article, nous vous rappelons qu’il est important de considérer l’Ashtanga Yoga selon le principe de base de la pensée indienne qui nous invite à ne pas s’inscrire dans la recherche du résultat.

Gandhi Jesus Martin Luther King

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde »
Gandhi

Mains en prière

Hari Om Tat Sat

 ¹Attention de ne pas confondre avec la pratique qui se réfère à ce nom et qui a été développée par Krishnamacharya dans les années 1930.